Je me souviens de l'époque où le monde du vin recherchait le "toujours plus": plus de couleur, plus de puissance, plus de tannins, plus de bois et plus encore. Que le degré d'alcool culmine à 16% -et plus- était perçu comme un bénéfice collatéral. J'exagère à peine.
On avait le choix entre les zinfandel californiens, les syrahs australiennes, quelques Saint-Emilions, les Priorat catalans et, oui, en effet, les Amarone della Valpolicella. Aujourd'hui, la course vers "encore plus" n'excite plus grand' monde. Vive l'équilibre et la singularité ! Paradoxalement peut-être, cette approche requiert du vigneron un supplément de talent et d'attention pour ce qui se passe tant dans le vignoble que dans la cave de vinification.
L'Amarone est un vin très singulier puisqu'il est élaboré avec des raisins séchés jusqu'au 1er décembre qui suit la vendange. L'eau s'évapore, mais le sucre reste. Conséquence automatique, le degré d'alcool dans le vin fini augmente. Et c'est là que la recherche de l'équilibre prend tout son sens. La plupart des Amarone titrent 16,00%, voire plus. Il suffit alors d'un déficit d'acidité pour que le vin soit fatiguant, lourd et sans énergie. Et le plaisir de foutre le camp !
Speri s'y prend autrement: la date des vendanges est ultra-précise (pour préserver l'acidité), le séchage des raisins dure 100 à 110 jours (plus que ce qui est exigé) et la vinification est menée de sorte que le degré alcoolique ne dépasse pas 15,00%. Les vins sont certes puissants et concentrés, mais ils sont d'abord équilibrés, fruités et énergiques. Mais il y a d'autres secrets: le grand âge des vignes et la provenance des raisins, à savoir le Monte Sant' Urbano dans le village de Fumane. Un terroir pentu, exposé sud, à plus de 300 mètres d'altitude, composé de calcaire, d'argile et de roches d'origine volcanique. La loi du vin devrait limiter l'appellation Amarone della Valpolicella à cette zone classique, bénie par Bacchus. Malheureusement, des intérêts purement commerciaux permettent de produire dans la plaine des vins qui portent le nom d'Amarone, mais sans en présenter les caractéristiques: la vigilance s'impose !
Question: l'Amarone, c'est sec ou c'est doux ? Sec ! La version dans laquelle le sucre résiduel joue un rôle important, c'est le Recioto della Valpolicella. N'empêche, en toute transparence, un Amarone contient toujours une petite quantité de sucre résiduel, quelques grammes à contrebalancer par l'acidité du vin. Speri propose un vin qui est perçu comme parfaitement sec, grâce à une acidité élevée. Oui, 15,00% d'alcool mais cela se goûte plutôt comme 14,00% !
L'élevage en fûts et/ou foudres est légalement de 2 ans, mais Speri va bien au-delà, jusqu'à 4 ans. Puis encore un long repos en bouteilles. Et donc, on goûte un 2020 ! Le 2021 dort encore dans les caves du Domaine.
Le résultat est bluffant: un grand rouge sec, peu boisé, lumineux et concentré, énergique et suave. Et quelle finale !
NB: en 2014, la famille est perplexe. Le millésime va être médiocre, ce sera difficile de produire un grand Amarone. Alors, la décision tombe, sans appel: il n'y aura pas d'Amarone 2014. On ne badine pas avec les choses sérieuses ...